L'évolution

L’article qui suit est un résumé de l’essai sur l’évolution de François Roddier*, astrophysicien français. Après s'être intéressé à l'origine des planètes, il s'intéresse maintenant à la planète Terre, à l'origine de la vie et aux théories darwiniennes de l'évolution.

Point de départ de ce travail : la démonstration faite par Roderick Dewar**. D’origine écossaise, ce chercheur de l’INRA de Bordeaux démontre que, depuis sa création, l’univers évolue en formant des structures matérielles de plus en plus complexes et capables de dissiper de mieux en mieux l’énergie.

De l’univers primitif de l’après Big-Bang, aux étoiles de première, deuxième puis troisième génération, les galaxies, les amas de galaxies, les plantes, les animaux et l’homme, constituent une suite de structures de plus en plus complexes. Ces structures sont en même temps de plus en plus efficaces pour dissiper de l’énergie. Dissiper de l’énergie revient à transformer une énergie utilisable, par exemple l’énergie mécanique qui anime une montre, en chaleur, énergie qui ne peut plus être utilisée. (Si, à l’inverse, on chauffe une montre, son ressort ne se retendra pas, la dissipation est donc un phénomène irréversible). On dit que l’énergie s’est dissipée.

La dissipation d’énergie s’exprime en watt, comme pour un radiateur. Son efficacité peut s’exprimer en watt par kg de matière. D’après la courbe établie par l’astronome américain Eric Chaisson, plus les structures évoluent vers la complexité, plus elles sont efficaces pour dissiper de l’énergie. Ainsi 80 kg d’être humain dissipent beaucoup plus d’énergie que 80 kg de plante, qui eux-mêmes dissipent beaucoup plus d’énergie que 80 kg de soleil, etc. Les structures deviennent de plus en plus complexes et de plus en plus efficaces à dissiper de l’énergie. On les appelle des structures dissipatives.  Ces structures ont la capacité de s’auto-organiser.  Tout se passe comme si les lois qui régissent l’univers concourent à produire un phénomène d’auto-organisation de la matière en structures de plus en plus dissipatives. Les structures vivantes sont l’aboutissement actuel de l’application de ces lois sur la matière.

Avec l’apparition du vivant, conserver et transmettre l’information nécessaire au maintien et à la progression de la complexification (ou évolution) nécessitent un support.  Ce support, ce sont les gènes, capables à la fois de stocker de l’information sous la forme d’un code, et de se dédoubler à l’identique, pour la transmettre.

De plus, les erreurs de duplication sont sources de modifications. La sélection naturelle, se chargeant de retenir les plus adaptées, ce sont les plus efficaces, les plus dissipatives, qui seront retenues. Avec le codage de l’information génétique s’opère une formidable accélération de la complexification. Chaque gain est enregistré et transmis.

Ainsi, les structures vivantes deviennent de plus en plus dissipatives et cette complexification s’accélère dans le temps. La vie s’adapte grâce au code génétique pour en suivre le rythme. Le changement environnemental du néolithique (-9000/-3000) va tout bouleverser. Jusque là, la sélection naturelle et la mémoire génétique ont fait face aux adaptations nécessaires. A l’approche du néolithique, la brutale carence en gros gibier impose un changement radical de régime alimentaire. L’homme se met, en quelques siècles, à consommer des céréales, pourtant totalement inadaptées à son système digestif. L’adaptation par la modification des gènes n’a pas le temps de se mettre en place. (Il faut quelques milliers d’années). Comment fait-il ? Il découvre la cuisson et transmet son savoir! Les lois de la sélection naturelle qui favorisaient les gènes, vont maintenant sélectionner les comportements, beaucoup plus rapides à s’adapter. Le support des gènes est l’ADN, le support de la transmission des comportements sera le langage et la mémoire ! La possibilité d’augmenter notre capacité à dissiper de l’énergie vient de prendre un sacré coup d’accélérateur. Puis le langage va bientôt prendre comme support l’écriture (3500 Av JC), écriture qui va utiliser l’édition gravée, manuscrite puis mécanique comme support transmissible, et pour finir, la mémoire électronique, la création du réseau Internet, de réseaux dans le réseau (Facebook) et que sais-je encore ! Avec à la clef, toujours plus de dissipation d’énergie.

Ce modèle d’évolution, basé sur des lois de la mécanique statistique, démontré par d’éminents physiciens, m’a semblé tellement pertinent et colle tellement à notre réalité que je m’en suis servi pour réadapter ma pratique de l’ostéopathie. Il m’est en effet indispensable d’utiliser un modèle d’être humain qui me semble le plus proche de la réalité telle que je l’appréhende, pour définir la meilleure stratégie dans ma pratique de tous les jours en cabinet.

Ce modèle permet aussi et surtout de reconsidérer notre société et nous amènera peut-être vers une conscience élargie de nous-mêmes, de notre environnement, et des solutions à l’escalade effrénée de la consommation vers laquelle nous pousse la croissance exponentielle de nos sociétés.

*Pour en savoir plus : Le blog de François Roddier  http://www.francois-roddier.fr/ où l’on peut découvrir en détail sa réflexion et toutes les références scientifique qui l’étaye.

** (Loi de Dewar : « Maximum entropy production ou MEP ».Domaine de la mécanique statistique)